Ex NIHILO...

Ces créatures, qui sont des hommes au sens générique du terme, sortent de terre et se sculptent en émergeant de leur glaise, à mesure qu'elles s'érigent.

Cette symbolique nous rappelle que de la poussière nous venons et nous retournerons, avec, pour seul intérêt de l'étape intermédiaire de la vie, la quête d'une spiritualité... ou d'une passion?

.... la recherche de tout ce qui pourra "sculpter" notre moi interne, façonner notre vie intérieure, nous "habiter".

C'est pour cette raison que les "Ex NIHILO" sont dénués de tout signe distinctif, singulier ou normatif extérieur: sans apparence sexuée, sans âge, ni beaux ni laids, sans référence sociale, raciale, "désencombrés" de tout déterminant ou caractéristique qui viendraient fausser la lecture en "attribuant". Il n'y a pas de raccourci visuel pour cette rencontre... ou plutôt, le raccourci, par le choix d'une sculpture très lapidaire, impose une attention particulière construite de questionnements sur cette "enveloppe".

Une enveloppe qui affiche des entailles de manière visible, extériorisant, "extimisant" ses scarifications: stigmates des tremblements de terre, avalanches, tempêtes, cyclones, coulées de boue, glissements de terrain... ou autres folies guerrières.

Pour découvrir le "paraître de l'être" qui habite cette carapace, il faudra lisser ses aspérités... le caresser?

Cette enveloppe que l'on pourrait dire grossière, au sens d'inachevée, illustre aussi ce luxe de pouvoir parachever, parfaire, "peaufiner" notre existence, à chaque instant et jusqu'au bout.

Les visages, malgré les empreintes de coups, restent doux et concentrés... absorbés mais disponibles: accueillants.

Leur absence de particularité identitaire oblige l'observateur à s'intéresser à ce qu'il va construire de l'Autre dans son propre imaginaire, sans préconçu, comme cela devrait être le cas dans toute rencontre.

La singularité est invisible (ou presque), réduite (et enrichie) au parcours intérieur de chacun.

Débarrassé de toute entrave suggestive, le face à face peut avoir lieu, mû par la seule curiosité (au sens d'intérêt) pour l'autre, pareil à soi et différent.

Un"et" qui relie et unit.

Ce travail renvoie au questionnement sur l'identité, qui pourrait être réduite à son plus petit dénominateur commun, sa confluence : celui de l'Homme né sur la planète.

J'ai sculpté des Hommes de terre sur la Terre des hommes.

                                        

                         Juin 2016

Marie-Christine Tère

Sculptrice  - Céramiste

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